Julian Bratko · 2026

En cours d’écriture

Victoire

Comédie de caractère et de rapports de force

Thomas veut épouser Élise. Il lui reste à rencontrer sa mère : Victoire, une femme qui ne laisse rien au hasard. Surtout pas l’avenir de sa fille.

Synopsis

Thomas Barnier, jeune architecte perfectionniste, veut épouser Élise. Il a préparé sa demande avec le même soin qu’un projet professionnel. Mais Élise lui a caché une partie essentielle de sa vie : sa mère, Victoire Delancourt, une femme d’affaires brillante et redoutable qui a déjà découragé plusieurs de ses prétendants.

La rencontre transforme les fiançailles en épreuve. Victoire observe, évalue et teste ; Thomas tente d’être irréprochable ; Élise essaie de maintenir la paix. Quand un grand projet architectural, Éden, entre dans la partie, les rapports familiaux et professionnels deviennent impossibles à séparer. Ce que Thomas croyait devoir prouver comme futur gendre engage désormais aussi sa place d’architecte.

Informations de production

Genre
Comédie de caractère et de rapports de force
Durée et versions
À préciser — texte en cours d’écriture
Distribution
2 femmes · 1 homme
Structure
3 actes dans la version de travail
État du texte
En cours d’écriture
Scénographie
Intérieur contemporain : salon, cuisine et coin repas. Une maquette d’architecture et une séquence filmée figurent dans la version de travail.
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L’ÉCRITURE

Note d’intention

Trois personnes, trois façons de se protéger : Thomas veut être parfait pour mériter sa place ; Victoire contrôle pour empêcher la perte ; Élise évite le conflit par les silences et les omissions. Leur rencontre fait basculer ces stratégies dans une comédie de caractère où chaque geste déplace le rapport de force.

L’architecture devient une manière concrète de parler du compromis : comment construire avec les autres sans se renier ? La pièce cherche le rire dans les rythmes opposés, les objets et les non-dits, en laissant apparaître la vulnérabilité derrière l’assurance.

Approfondir les personnages et la dramaturgie

Les personnages et le jeu

Thomas est le mouvement : il vérifie, mesure, reformule et tente de corriger ce qui lui échappe. Sa maladresse vient de son besoin de bien faire, non d’un manque d’intelligence. Ses gestes et son énergie rendent visible ce que sa politesse essaie de contenir.

Victoire impose au contraire sa présence avec peu de déplacements. Un regard ou une pause suffit à changer le rapport de force. Son autorité prend du relief si l’on laisse percevoir la peur derrière la certitude, sans la réduire à une belle-mère cruelle.

Élise circule entre eux, traduit, détourne et désamorce par l’humour. Cette souplesse a un prix : à force de protéger les autres du conflit, elle repousse les paroles nécessaires. Le contraste entre ces trois rythmes nourrit le comique, les silences et les changements d’équilibre.

Victoire est en cours d’écriture. Ces éléments présentent la version de travail consultée et peuvent encore évoluer.

Aimer, protéger, contrôler

La note d’intention présente trois personnages qui cherchent à se protéger et dont les stratégies finissent par les enfermer. Thomas veut bien faire pour mériter sa place. Victoire anticipe et contrôle pour empêcher la perte. Élise tait certaines choses pour éviter le conflit. Aucun ne se pense malveillant ; chacun contribue pourtant à rendre la confrontation inévitable.

La pièce interroge la limite entre prendre soin de quelqu’un et décider à sa place. Elle suit aussi la difficulté de poser une limite sans devenir brutal, et de faire confiance sans exiger de l’autre une perfection impossible. L’enjeu n’est pas seulement de faire accepter un mariage : il est de permettre à chacun d’exister dans la relation.

Construire sans se renier

L’architecture donne une forme concrète aux rapports de force. Modifier un projet, défendre une circulation ou toucher à une maquette devient une façon de parler de concessions, d’identité et de respect. Jusqu’où peut-on adapter ce que l’on construit sans en détruire le sens ? Cette comédie de caractère fait passer la question du plan du bâtiment à celui de la famille, à travers des situations et des objets de scène très concrets.

Trois extraits de la pièce

Découvrez différents moments et facettes des personnages. Les durées de jeu sont indicatives et dépendent du rythme, des déplacements et des silences.

Extraits de travail : le texte de Victoire est en cours d’écriture et peut évoluer.

01Une demande très construiteActe I — scène 2 · environ 2 à 3 min de jeu
Thomas tient encore une seconde.
Puis craque.
Il se met à genoux.
THOMAS
Nos accords restent localisés.
Non porteurs de fissures majeures.
Le socle est sain.
Les fondations sont solides.
Il ouvre l’écrin.
THOMAS
En conséquence, je propose une mutualisation définitive de nos espaces de vie assortie d’un engagement contractuel à durée indéterminée reconductible par consentement mutuel.
Un temps.
ÉLISE
Tu me proposes un mariage…
ou un permis de construire ?
Thomas reste à genoux.
Il comprend.
Respire.
THOMAS
Est-ce que tu veux m’épouser ?
Élise le regarde. Touchée.
ÉLISE
Thomas…
Elle prend son ton.
ÉLISE
Après analyse comparative de ta proposition structurelle…
Un temps.
ÉLISE
Les perspectives d’évolution sont favorables.
Thomas ne comprend pas.
Élise sourit.
ÉLISE
Je veux t’épouser.
Thomas reste figé une fraction de seconde.
Puis son visage s’ouvre.
Ils s’embrassent.
Thomas lui passe la bague.
ÉLISE
Elle est magnifique.
Thomas la regarde, heureux.
Puis quelque chose le frappe.
THOMAS
Le champagne.
ÉLISE
Quoi ?
THOMAS
J’ai oublié le champagne.
Un temps.
ÉLISE
Je t’épouse quand même.
Thomas explose de joie.
Il saute, tourne autour de la table, manque de se reprendre le canapé qu’il avait si soigneusement repositionné.
THOMAS
Je vais me marier !
Il attrape son téléphone en continuant de bouger.
THOMAS
Maman ?
Oui !
Elle a dit oui !
Oui ! Oui, elle a dit oui !
Il traverse encore le salon.
THOMAS
Non, non, je me suis pas cogné.
Il se frotte machinalement le genou.
THOMAS
Enfin… un peu.
Il raccroche, toujours euphorique.
Élise sourit et prend à son tour son téléphone.
ÉLISE
Papa ?
Ça va ?
Et Maya ?
Elle écoute.
ÉLISE
Oui, oui…
Non, tout va bien.
Elle regarde Thomas.
ÉLISE
Thomas m’a demandé en mariage.
Elle éloigne aussitôt le téléphone de son oreille.
La réaction d’Alain est manifestement sonore.
Élise rit.
ÉLISE
Oui, oui, oui…
Je sais.
Elle tend le téléphone à Thomas.
ÉLISE
Tiens.
Il veut te parler.
Thomas prend le téléphone avec un sourire immédiat.
THOMAS
Salut Alain.
Il écoute.
THOMAS
Merci.
Un temps.
THOMAS
Non, non, je n’ai pas fait ça au restaurant.
Élise sourit.
02À l’essaiActe I — scène 3 · environ 2 à 3 min de jeu
La sonnette retentit une deuxième fois.
Thomas et Élise regardent toujours la porte.
THOMAS
Ben… tu y vas ?
ÉLISE
Pourquoi moi ?
La sonnette retentit une troisième fois.
Thomas regarde Élise.
Elle ne bouge pas.
THOMAS
D’accord.
J’y vais.
Il se dirige vers la porte.
La sonnette retentit une quatrième fois au moment où il arrive.
Thomas ouvre.
Silence.
Dans l’encadrement : Victoire.
Immobile.
Élégante.
Elle avance de trois pas dans le salon.
Thomas referme la porte derrière elle.
VICTOIRE
Je préfère les annonces en face.
Un temps.
THOMAS
Pardon ?
VICTOIRE
Je n’aime pas passer par les intermédiaires.
Victoire ne regarde toujours pas Thomas.
Elle fait glisser lentement son manteau de ses épaules jusqu’aux coudes.
Un temps.
VICTOIRE
Le vestiaire est-il en libre-service ?
Thomas comprend et récupère aussitôt le manteau.
THOMAS
Ah !
Oui.
Bien sûr.
VICTOIRE
Merci.
C’est appréciable, quelqu’un qui comprend les usages sans qu’on ait à les lui expliquer deux fois.
Thomas ne sait pas si c’est un compliment.
Il accroche le manteau dans l’espace vestiaire.
THOMAS
Vous êtes la maman d’Élise ?
VICTOIRE
Non.
Je suis Lady Gaga.
Un temps.
VICTOIRE
Évidemment que je suis sa mère.
THOMAS
Enchanté.
Je suis—
VICTOIRE
À l’essai.
Un temps.
Victoire se tourne vers Élise.
VICTOIRE
C’est donc lui que tu épouses.
ÉLISE
Oui, maman.
VICTOIRE
Tu aurais pu commencer par me dire qu’il existait.
Un temps.
ÉLISE
Comment t’as fait pour être là aussi vite ?
VICTOIRE
Quand on reçoit ce genre de message, on est bien loin de finir sa coupe de champagne.
ÉLISE
Je voulais t’appeler.
Victoire sort son téléphone et le montre.
VICTOIRE
Tu as préféré me laisser trois mots.
J’ai considéré que c’était une invitation à venir compléter la conversation.
Thomas revient vers elles.
THOMAS
Je vais quand même finir ma phrase.
Thomas Barnier.
Victoire le regarde brièvement.
VICTOIRE
C’est déjà plus précis.
ÉLISE
Maman…
VICTOIRE
Je fais connaissance.
Thomas choisit de sourire.
THOMAS
Très bien.
Je suis adaptable.
Victoire le regarde lentement de la tête aux pieds.
VICTOIRE
J’apprécie l’optimisme.
C’est très utile quand on ne sait pas encore ce qui vous attend.
03Derrière la précision, l’émotionActe II — scène 1 · environ 2 à 3 min de jeu
THOMAS
Pardon.
La serveuse est arrivée.
J’ai commandé un kombucha au yuzu, à la verveine et au thym citron.
Elle m’a dit :
« Vous avez de la chance…
c’est le dernier. »
Derrière moi…
une voix a répondu :
« Oh…c’est justement celui que je voulais. »
Je me suis retourné.
Le soleil arrivait de côté.
Au début…je distinguais mal son visage.
Il y avait juste cette lumière derrière elle.
Puis elle a repoussé une mèche de cheveux derrière son oreille.
Et tout est devenu très net.
Je me souviens surtout de son regard.
Il était curieux.
Pas indiscret…
curieux.
Et puis…
elle souriait.
Pas pour être aimable.
Pas pour séduire.
Alors je lui ai proposé de lui laisser mon kombucha.
Elle a hésité une seconde.
Puis elle m’a répondu :
« D’accord…
mais c’est moi qui vous invite. »
J’ai trouvé ça élégant.
Je lui ai proposé de se joindre à ma table.
Au début…
on a parlé du kombucha.
Enfin…
surtout du fait qu’aucun de nous ne savait vraiment pourquoi on en buvait.
Puis on a parlé d’architecture.
Elle m’a demandé pourquoi j’aimais construire.
Je lui ai répondu que j’aimais surtout imaginer les gens qui habiteraient les endroits que je dessinais.
Après…
je ne saurais plus vous dire dans quel ordre sont arrivés les autres sujets.
Je me souviens seulement…
qu’on ne cherchait jamais quoi dire.
Les phrases arrivaient toutes seules.
À un moment…
je me suis aperçu que nos verres étaient vides depuis longtemps.
Autour de nous, les tables se vidaient.
Les serveurs repliaient les parasols.
Les conversations devenaient de plus en plus rares.
On entendait presque davantage l’eau que les voix.
Puis quelqu’un est venu nous dire qu’ils allaient fermer.
Alors nous sommes descendus de la péniche.
Et nous avons continué à marcher sur les quais.
À un moment…
je me suis rendu compte qu’on ne marchait plus pour aller quelque part.
On marchait simplement pour continuer à parler.
Plus Paris s’endormait…
moins nous avions envie de nous quitter.
Quand on a enfin regardé l’heure…
il était presque quatre heures du matin.
J’ai pris un taxi.
Je l’ai raccompagnée chez elle.
Arrivés devant sa porte…
il y a eu ce petit moment où personne ne sait vraiment s’il faut se dire au revoir…
ou trouver une raison de rester encore une minute.
Alors…
je lui ai simplement demandé si elle accepterait qu’on se revoie.
Elle m’a regardé.
Elle a souri.
Et elle a dit :
« Oui. »
Thomas revient simplement au présent.
Victoire le regarde.
VICTOIRE
Merci…
Maupassant.

LECTURE · PRODUCTION · MISE EN SCÈNE

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